La revue NEG, créée et dirigée par l’écrivaine Tessa Naime, est une revue marronne dédiée aux luttes intellectuelles, artistiques, postcoloniales, décoloniales de Guadeloupe, Martinique, Haïti et autres territoires.
Issue d’un projet de recherche-création (l’Université de Sherbrooke), la revue NEG a déjà publié 4 numéros depuis sa création : KLORDEKON (2020), IDENTITE (2021), RAP POEZI POLITIK (2022), ERITAJ A FANM I (2024). Chacun de ces numéros réunissait des moun engagés autour des problématiques propres à nos territoires, en contexte post-esclavagiste.
Pour notre prochain numéro, notre revue poursuit ses travaux sur le MATRIMOINE / ERITAJ A FANM. Depuis le lancement de ce volet, nos objectifs n’ont pas changés. Nous nous concentrons sur ce sujet pour : (1) approfondir la transmission d’un héritage féminin, intellectuel, artistique, politique, (2) permettre un espace de co-transmission, de co-création entre des figures de résistances actuelles et plus anciennes, (3) publier un support numérique/papier de références composé de créations, d’objets, de réflexions originales autour de l’héritage des femmes de Guadeloupe, (4) contribuer à la visibilité des pratiques de création et de recherche des femmes intellectuelles du péyi, (5) entamer un travail de recensement des figures féminines méconnues ou inconnues, (6) établir le lien entre les résistances antérieures et les résistances actuelles.
Le 4e numéro de notre revue, publié en Mai (2024) et inclus dans un plus grand projet (Musée), se concentrait sur l’apport des femmes intellectuelles dans la littérature et l’art, sur les voix émergentes de cet héritage en mouvement, avec des contributions engagées de Marronnes, d’artistes-peintre, de photographes, de doctoresses et d’écrivaines en tous genres.

Trois ans après la publication de ce numéro et presque 2 ans après la fermeture de NEG, nous reprenons notre engagement cette fois-ci aux côtés d’un éditeur, afin de mieux diffuser notre publication, l’imprimer, la mettre à disposition des structures culturelles et institutionnelles, et la rendre accessible au grand public.
Modalités de soumission
Les intéressé(e)s sont appelé(e)s à soumettre leurs contributions à l’adresse : magazineneg@gmail.com et revueneg@gmail.com. La date limite pour confirmer votre participation est le 8 décembre 2026.
Date estimative de publication (bientôt communiquée)
Date limite de réception des contributions
08 janvier 2027, 20h00 heure Guadeloupe.
Axes suggérés pour la revue (à titre d’exemples)
- Portraits ou Entretiens de marronnes, activistes, révolutionnaires, fanm djok issues de la Caraïbe. Ex : Rose Faisans Renac, Osange Talis Gane, Anicia Berton, Bebel Gisler.
- Portrait ou Entretiens de femmes révolutionnaires issues de l’Afrique.
- Réappropriation de l’histoire politique des marronnes de Guadeloupe (luttes pour l’indépendance, luttes communistes et ouvrières, procès politiques, organisations politiques, unions des femmes…)
- Rôle des figures de résistances anciennes dans la littérature féminine
- Arts martiaux / Combats Noirs : Sur les traces des lignées de femmes africaines combattantes
- Arts et Matrimoine : réhabilitation de l’héritage des femmes dans l’art et la Culture
- « Politique culturelle et évolution du cadre juridique » pour préserver la mémoire féminine
- Figures de luttes écologiques décoloniales, de luttes pour la souveraineté alimentaire et l’afroveganisme
- Figures fémininistes controversées et méconnues par le grand public
- Mise en lumière des initiatives culturelles des centres culturels, médiathèques, bibliothèques et agents de la Culture pour le Matrimoine
- Mémoire féminine : invisibilisations, décolonisations et reconstructions
Formats autorisés
- Entretiens, Portraits (écrits et visuels), Biographies, Articles scientifiques, ou Projet de recherche – création (texte obligatoire).
Le format attendu de texte est celui-ci : Times New Roman, 12 pt, Noir. Les langues retenues seront les Langues de Guadeloupe, Martinique, Ayiti, Guyane, La Réunion.
Ce qui m’a amené à lancer ce projet en 2024…
Nos femmes sont des ressources régulièrement pillées…
Il y a dans nos « lakou » des chercheuses, des archivistes, des archéologues, des agricultrices, des ouvrières, des gardiennes du savoir, des travailleuses de la Terre, des défenseuses de droits, des makè a listwa an nou, des fanm a lapenti, des artisanes, des sociologues, des leaders, des moun spécialistes de toutes choses qui font tourner le péyi. Sans elles, il n’existe pas de mémoire collective. Selon moi, ce que l’on hérite de ces femmes du péyi est le moteur et bien le début de toute lutte, qu’elle soit anticapitaliste, anticolonialiste, anarchiste, écologique, extrémiste. Car elles ont pu imprégner au sein même de leurs identités, le nannan du marronage. Celui qui t’amène à te définir, te redéfinir, te renouveler.
Je l’écrivais déjà dans l’introduction de la revue NEG 4 : Ce matrimoine regorge d’héritages multiples de Femmes dont on a oublié (ou ignoré) la transmission. Cet effacement de la mémoire féminine persiste de nos jours. Il sera sans doute plus facile de citer une Solitude (qualifiée de mulâtresse) que de citer une Gertrude (la résistante meurtrière qui n’avait pas d’enfants), citer une Marthe-Rose, l’éclipsée de Delgrès, citer une Florette Morand refoulée pour son doudouisme, une Dany Bebel-Gisler dont l’entêtement à l’éducation a été conséquent ou bien, une Lucie Julia (première présidente de l’Union guadeloupéenne des Femmes) alors que leurs luttes ont été tout autant impactées notre histoire. Il sera encore plus facile de citer un Aimé Césaire comme porteur de la Négritude plutôt qu’une Suzanne Césaire (son épouse), ou plutôt que Jeanne et Paulette Nardal, porteuses d’une conscience raciale noire (réf : Revue du Monde Noir). Pour la plupart d’entre elles, l’œuvre qu’elles ont portées renfermait une redéfinition de leur identité. Elles-mêmes dominées par des hommes dominés, ces militantes devaient œuvrer pour une transmission non dominée au sein d’une société française qui voulait déterminer ce qui devait être conservé ou non. Elles ont donc été, en ce sens, les Mères, chacune à leur manière, d’une société naissante ; une société où il ne serait plus permis d’effacer la Mémoire féminine.
Je m’interrogeais sur le manque cruel de transmission entre trois générations successives, des années 1950 aux années 1990. Je m’interrogeais sur l’urgence de répondre à cette problématique et créer des espaces de transmission adaptés à nos territoires, durables et conservables pour la quatrième génération (à partir de 1996). Sur la nécessité de témoigner en tant qu’héritières, tout en nous préparant à notre rôle d’Ancêtre.
C’est pour toutes ces interrogations que j’ai imaginé le projet (série) Eritaj a fanm comme un Musée mouvant, dédié à la valorisation, la conservation, la documentation de l’héritage intellectuel, artistique, politique des femmes de Guadeloupe et Martinique (en priorité), puis de l’étendre à d’autres territoires colonisés. An bizwen nou travay ansanm, nou kabéché ansanm asi projé-la sa.
Bibliographie
* Jacquot, O. (2022, 25 janvier). Colloque « Un patrimoine pour l’avenir, une science pour le patrimoine : une aventure européenne de la recherche et de l’innovation » (15-16/3). Carnet de la recherche à la Bibliothèque nationale de France. https://bnf.hypotheses.org/11251
Sorbier, M., Minaudier, A., Commeaux, L., Altmayer, H., Pineau, B., N’Doye, A., & Fougeron, A. (2021, 29 janvier). « Le matrimoine n’est pas un néologisme, mais un mot effacé par l’Histoire ». France Culture.
Le mois du matrimoine | Association féministe Culture égalité. (s. d.). Culture Égalité. https://www.cultureegalite.fr/dp/le-mois-du-matrimoine
BABELON, Jean-Pierre et CHASTEL, André, « La notion de patrimoine », in Revue de l’art, n° 49, 1980.
LENIAUD, Jean-Michel, « Patrimoine, art » dans l’Encyclopӕdia Universalis, 2004.
SIRE, Marie-Anne, La France du Patrimoine. Les choix de la mémoire, Paris, Gallimard, « Découvertes », 1996.
Alain Morel, « Identité et patrimoine », Civilisations [En ligne], 42-2 | 1993, mis en ligne le 30 décembre 1996, consulté le 27 avril 2023.http://journals.openedition.org/civilisations/2296
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